Mercredi 17 juin 2009 3 17 /06 /Juin /2009 17:37

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage [...]

Et puis est revenu plein d'usage et raison

Vivre entre ses parents le reste de son âge

Tu parles!

Je ne comprends pas trop Joachim du Bellay.

Je ne sais pas; peut-être que Rome était moche mais moi après un an à Iaşi, je n'ai pas du tout envie de revenir dans cette douce A njou natale que nous avons en commun.

Dans quelques 70 ans, par un bel après-midi d'été, je serais à pécher sur une barque sur la Maine ou la Loire et hop; j'aurais une attaque et c'en sera fini de moi.

Mais avant d'être un vieil homme, je veux vivre ailleurs.


Tous mes amis Erasmus ont déjà quitté la ville. Cela fait près d'une semaine que je vais quotidiennement au train de 20h42 faire mes aurevoirs à un ou plusieurs amis. Ce soir ne manquera pas à la tradition. Demain, ce sera mon tour.

Exactement 48 heures plus tard, je poserais mes bagages dans la chambre que j'occupais chez mes parents et là, ça risque d'être la petite crise d'angoisse.

Cela m'ennuie de le dire tant c'est un cliché mais cette année Erasmus a été jusqu'à maintenant la meilleure de ma vie, à presque tout point de vue.

J'ai été très heureux ici. J'ai rencontré des centaines de personnes (de Roumanie et du Monde entier), des dizaines sont devenues mes amis, parfois de très très bons amis même, qui vont énormément me manquer. J'ai vu des centaines de choses que je n'avais jamais vu, visité cinq pays et des dizaines de villes, parcouru des milliers de kilomètres. J'ai fait des fêtes inoubliables et j'ai vécu des tonnes de petites aventures en tout genre. Surtout, j'ai appris beaucoup de leçons de vie -sur comment être heureux, ce genre de choses-, leçons qu'il me faudra encore un peu de temps pour parfaitement comprendre et formuler.

Je suis arrivé dans un pays dont je ne connaissais absolument rien et j'en ai appris la langue, j'en ai découvert l'histoire, la géographie, la politique, la littérature, la musique, le mode de vie... Aujourd'hui, naturellement, je m'intéresse à toute l'actualité roumaine comme à celle de France, je plaisante de la vie politique locale et nationale avec mes amis de Iaşi, j'écoute plus de musique roumaine que de musique française, je cuisine roumain et je lis de la poésie roumaine.

Cette année, j'aurais découvert une partie de mon identité française (qui n'a jamais été dévellopé dans mon esprit), j'ai pris encore plus conscience de mon identité européenne et occidentale, j'ai largement repoussé les frontières de ce que je vois comme étant étranger et surtout, je suis devenu un petit peu roumain.

Partout où j'aurais pu aller, ma volonté d'intégration aurait été la même et j'aurais pu devenir un peu danois, un peu slovène ou un peu grec mais je suis venu en Roumanie et je suis devenu « puţin român » (je le serais devenu bien plus encore si je n'avais pas eu autant d'amis étrangers). Dans quelques jours, je serais de retour en France, dans un pays où personne ne connait rien sur la Roumanie et où il n'y a sans doute pas 0,5% de la population qui ait déjà entendu parlé de Iaşi. Personne ne comprendra la langue que j'ai parlé pendant un an ni même ne l'identifiera comme étant du roumain, et mes efforts pour l'apprendre paraîtront avoir été inutiles (car c'est aujourd'hui quand je peux enfin discuter en ayant très peu recours à l'anglais que je dois partir). Quand je dirais que je suis allé en Roumanie, après une blague sur Dracula, on me demandera « pourquoi? » avec beaucoup d'étonnement et on me posera des questions plus ou moins polies pour savoir si les gens là-bas ne sont pas un peu sauvages ou idiots (plusieurs anciens Erasmus roumains en France m'ont raconté comme on les avait pris pour des semi-débiles à leur arrivée à l'université en France!).

J'étais exactement comme ça il y a quelques mois -juste un peu aventureux pour aller voir- alors je ne pourrais rien dire, j'expliquerais. Mais je me sentirais bien seul avec mon délire sur « la Roumanie c'est génial », bien seul à chantonner des chants ou à sortir des mots que personne n'aura jamais entendu... Et la Roumanie me manquera. Elle n'est absolument pas pire mais pas mieux non plus que la France mais de la France je suis depuis longtemps déjà un peu las alors que, après dix mois, je suis encore dans la phase de découverte de la Roumanie (même si je connais déjà assez bien le pays). Dans l'un comme dans l'autre, je me sens chez moi. Je n'imagine pas qu'à l'avenir ma vie puisse être plus dure ou moins douce dans l'un ou dans l'autre.

De la Roumanie, vont me manquer la culture et la langue, la météo très agréable (le climat océanique avec le vent et la pluie n'est définitivement pas le meilleur!), le sentiment de sécurité (on  n' a jamais peur de faire de mauvaises rencontres), la facilité de se déplacer sans voiture (mais aussi sans vélo), la spontanéité des rencontres, l'ambiance chaotique de la rue, les campagnes buccoliques, les oiseaux omniprésents, la simplicité des gens, la bruit du train sur les rails et le cahottement du tramway, une tonne d'autres détails dont quelques uns inavouables!

Mais en France, je vais être content de retrouver les viennoiseries et la baguette du matin, l'intense et riche vie culturelle, la société cosmopolite, la possibilité de se promener en bicyclette et de faire du sport (faire un minimum de sport me manque!), l'absence de chiens errants dans les rues, la confiance en l'hôpital, ne jamais se dire qu'on va régler un problème en donnant 4 euros au responsable et ce genre de choses!

Donc je vais rentrer en France en essayant de ne pas trop déprimer, en emmenant avec moi plein de musique et de livres roumains pour essayer de casser le côté trop brutal de la rupture avec le pays et avec la certitude que je reviendrais ici car tout comme je ne peux pas imaginer ne pas revenir régulièrement à Angers, je ne peux pas imaginer ne pas revenir au moins de temps en temps dans ma finalement très jolie Moldavie.

Par Pierre Macé
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Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /Juin /2009 17:22

      Je n'aurais bientôt plus la possibilité de le faire alors je voudrais vous faire visiter ma ville une dernière fois. Allons donc visiter Iaşi!

Une des routes d'accès nord de la ville!


Bine aţi venit la Iaşi! (joli monument non?)



Une vue sur une partie de la ville:



     Aujourd'hui est le dernier jour du festival du tilleul. Dans le parc Copou -que j'adore- on a sorti la fanfare, les pom-pom girls, des gens qui font les statues tout habillés en queues de pie et robes de soirées du XIXe roumain, un type habillé en dragon jaune à pois multicolores, un autre tout en vert habillé pour la Saint Patrick's, une scène avec des piécettes de théatre et le vieux tramway est de sortie. Le festival du tilleul c'est la fête d'un très vieil arbre qui se trouve au coeur du parc Copou et aux pieds duquel Mihai Eminescu, le grand poète national roumain, trouva dit-on l'inspiration pour de nombreux poèmes. Si Iaşi n'est peut-être pas la capitale culturelle de la Roumanie comme elle le proclame, elle en est en revanche sans aucun doute la capitale littéraire. C'est Eminescu et ses célèbres amis écrivains qui dans la seconde moitié du XIXe siècle, alors qu'ils résidaient à Iaşi, créérent la véritable langue roumaine moderne et offrirent à la Roumanie ses meilleures oeuvres littéraires. Ce fut une période particulièrement propice. Chaque grand écrivain a son musée et il y a ainsi une douzaine de musées littéraire dans tout Iaşi!

Un des nombreux antiquaires du centre ville.


     Ces écrivains sont de véritables héros nationaux en Roumanie -et tout particulièrement à Iaşi- et il n'y a guère que le prince moldave Ştefan cel Mare (Étienne le Grand) -le Charles Martel local- pour les égaler dans la ferveur qu'ils inspirent parfois.

C'est le festival du tilleul donc (le « tei »), un arbre qui comme les peupliers impairs (les « plopii fără soţ ») était à la limite de l'obsession pour Mihai Eminescu. Jugez un peu par un de ces courts poèmes; Şi dacă de cu ziuă.../Si jamais il m'advient...:

Şi dacă de cu ziuă se-ntâmplă să te văz

Desigur că la noapte un tei o să visez,

Iar dacă peste ziuă eu întâlnesc un tei

În somnu-mi toată noaptea te uiţi în ochii mei.

C'est beau quand même! En tout cas moi j'aime! Et ça se traduit par:

Si jamais il m'advient de te voir le matin,

Je verrais un tilleul en rêve c'est certain.

Mais si c'est un tilleul que je vois en chemin,

Tes yeux toute la nuit brilleront dans les miens.

(une traduction du professeur de roumain Jean-Louis Courriol)

 

Vue sur l'entrée de Copou, le bâtiment central en angle est la bibliothèque universitaire centrale, depuis le restautant Panoramic au dernier étage de la Tour Unirea.

 


          Copou, la colline universitaire, cette véritable ville-forêt n'est que le vestige d'un passé urbain plus doux que le présent. Car depuis son heure de gloire où elle fut capitale de la Roumanie et où elle vit naître une partie de l'âme roumaine dans l'oeuvre de ses écrivains (Eminescu et ses amis), la ville a beaucoup souffert. Elle a perdu la moitié de son âme quand les juifs -qui représentaient la moitié de sa population soit 50.000 personnes- ont été tué ou ont fui. Puis elle a souffert architecturalement de l'oeuvre abominable des communistes. Mais la ville n'est pas morte et de son passé lettré et intellectuel elle a gardé cette prétention d'être la capitale culturelle du pays et elle essaie de s'en donner les moyens. Bien souvent elle n'y arrive pas vraiment, la municipalité ne fait sans doute pas assez d'efforts pour la culture mais elle n'en a pas vraiment les moyens financiers (Iaşi est une ville qui vient d'acheter des autobus à 1000 euros l'unité -avec la qualité qui va avec-, c'est dire si elle a les moyens de ses ambitions!). Vingt ans après la chute du communisme, la vie associative naît cependant progressivement. Les associations -surtout les associations étudiantes- les centres culturels étrangers et la municipalité organisent durant toute l'année des festivals culturels et festifs, et toujours gratuits!

                           Festival étudiant Festudis


      À l'automne la festive et populaire fête de Iaşi se mèlent aux pélerinages de dizaines ou centaines de milliers d'orthodoxes (Iaşi est la capitale de l'orthodoxie roumaine) et cette année les Romanian Music Awards, des spectacles de danse traditionnelle toute l'année, des festivals de théatre dans divers lieux de la ville, la fête de la bière avec ses concerts et surtout ses 400ml de bière à 50 centimes d'euro, le festival étudiant Festudis qui a pour but de relâcher la pression au milieu des examens ou encore dernièrement la fête des enfants qui a vu venir l'équivalent roumain de Jordy: la petite Cleopatra! Un grand concert.... En tout cas, un grand souvenir!


     Iaşi ne possède que peu d'industries et seulement quelques bureaux, son économie ne repose quasiment que sur le prestige de ses universités -prestige sans doute sur-fait mais néanmois très présent- et sur ses fonctions administratives et hôpitalières régionales. Une très grande partie des passagers de l'aéroport et des personnes qui dorment la nuit dans la quinzaine d'hôtels *** et **** de la ville sont des professeurs et maîtres de conférence en visite à Iaşi. La ville ne vit donc que par sa jeunesse, une jeunesse d'Europe de l'Est qui découvre avec passion la société de consommation, les grosses voitures parfois et la liberté de moeurs! C'est à Iaşi aussi qu'est née un loisir qui se répand progressivement dans tout le pays: l'herbe légale! Un premier magasin a ouvert en mars, puis tous les trois jours environ pendant trois mois, un nouveau magasin ouvrait en ville et on en a aujourd'hui une bonne trentaine (quand il n'y en a encore que deux ou trois à Bucureşti). Cette herbe tout à fait légale, et dit-on assez puissante, se vend plutôt bien et Iaşi est fière d'avoir été une nouvelle fois à l'avant-garde de la Roumanie!


      Iaşi, qui, de toutes les villes roumaines, est peut-être finalement l'une des plus typiques est une ville de Djs et de libertines sur-maquillées et aux jupes très courtes, une ville de gros costauds en tunning, mais aussi une ville d'antiquaires et de vieilles dames lettrées, une ville d'étudiantes en droit naïves à la recherche d'un mari, une ville de tziganes fleuristes ou musiciens, d'étudiants en médecine pakistanais et de mendiants ayant perdu toute dignité. C'est une ville d'ouvriers désabusés et de professeurs d'université vivant en « bloc » (HLM), une ville de vieux ivrognes et de retraités passant leurs journées au parc à jouer aux échecs ou au bergammon, une ville de lycéens attachants cherchants à afficher leur personnalité à travers leurs tenues, une ville de milliers de chauffeurs de taxis, de policiers municipaux ou d'étudiantes cumulant à la fac un temps-plein de serveuse, tous ayant un même salaire de 300 euros mensuels. C'est une ville de vendeurs impolis et de politiciens corrompus mais aussi d'autres qui essaient avec toute leur énergie de préparer la ville à un futur meilleur. C'est la ville de dizaines de milliers de chiens errants, de corbeaux, de pigeons et de moineaux -je n'ai jamais vu d'endroit avec autant d'oiseaux-. Mais c'est aussi la ville où des dizaines de milliers d'enfants, qu'ils soient riches ou miséreux, vivent exactement comme n'importe quel enfant et ont les mêmes rêves.

Strada Cuza Voda


       Enfin, pendant un an, ce fut ma ville et celle de mes collègues étudiants étrangers et nous n'avons pas été ici en vacances, nous n'avons pas fait semblant de vivre ici, nous avons vraiment vécu ici et tous ces gens ont été nos concitoyens. Pendant quelques dizaines d'heures encore, cette ville va être pour moi le centre du monde.

Cette ville, malgré toutes ses imperfections, je l'aime inconditionnellement. Il n'y a pas d'endroits au monde où j'ai eu et où j'ai plus d'amis et pas d'endroits au monde où j'ai été plus heureux.

       În timpul unui an de zile, în Iaşi am trăit ca un adevărat ieşean şi am avut dreptate să mă simt aşa.


Par Pierre Macé
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Dimanche 10 mai 2009 7 10 /05 /Mai /2009 17:13


  Pour le 1er mai en Roumanie, il n'est pas coutume de faire la fête du travail. La tradition veut plutôt que l'on parte en week-end. Certains vont voir leur famille à la campagne, d'autres vont à la montagne mais la majorité des roumains va à la mer. Les trains sont pris d'assaut, et on verrait presque des débuts d'embouteillages sur les routes menant à la mer noire. Les gens se ruent sur la côte, en famille ou entre amis. Plusieurs festivals ont lieu dans différentes stations balnéaires, qui commencent ainsi la saison des vacances. Il y a le festival de musique électro à Mamaia (juste au nord de Constanţa) mais surtout le festival rock/hippie de Vama Veche.

   Vama Veche, « la vieille douane » est le dernier village du littoral avant la frontière bulgare, il possède une belle plage et est depuis longtemps le rendez-vous des « anti-conformistes » de Roumanie. Autrefois paradis bohème, Vama Veche est aujourd'hui surtout une station à la mode. Si on n'y croise plus de nudistes et que l'ambiance n'est plus tout à fait hippie, elle reste une bonne alternative à la techno Mamaia ou aux stations balnéaires familiales construites par le pouvoir communiste et qui portent les modestes noms de Eforie Nord, Eforie Sud, Olimp, Neptun, Saturn, Venus...

   Tous les ans, le 1er mai lance la saison estivale et est l'occasion d'une sorte de festival. Les jeunes roumains affluent en masse à Vama Veche et plantent leurs tentes directement dans le sable de la plage. Les bars considérés comme les plus « alternatifs » de tout le pays viennent installer une énorme paillote sur la plage.

   Mes amis et moi sommes venu à Vama Veche bien sûr, ce festival étant l'événement à ne pas manquer, et peu après avoir planté notre tente au hasard sur la plage, nous nous sommes rendu compte qu'à littéralement vingt secondes de marche se trouvait la grosse paillote du « Hand », sans contexte notre bar préféré à Iaşi.


   Ce qu'on appelle le festival de Vama Veche n'en est pas vraiment un. Il n'y a guère eu que quelques concerts organisés. Mais durant trois journées et trois nuits cependant, la musique a donné à fond. Ce sont les bars présents sur la plage et les festivaliers qui possèdent les plus gros amplis qui mettent l'ambiance. Celle-ci est restée géniale pendant toute la durée du « festival », qui est tout sauf organisé. Il n'y a pas même trois policiers pour les quatre ou cinq mille festivaliers présents. L'alcool coule à gogo. L'ambiance est excellente, libre, simple. Sur la plage brûlent une trentaine de feux de camps autour desquels les gens dansent ou regardent simplement les flammes crépiter. On se promène de bars en bars et de feux en feux. On boit, on danse, on rigole, on est juste libres et tranquilles, débarrassés de tout souci.


   À Vama Veche surtout, on rencontre « tout le monde ». Il n'y avait que quelques milliers de festivaliers mais nous avons rencontré quasiment toutes les personnes (jeunes) que nous avons rencontré en Roumanie lors de nos diverses soirées dans les villes de Roumanie. Nous avons retrouvé des gens de Sibiu, Timişoara et Bucureşti mais surtout, TOUS les gens un peu cools de Iaşi. C'était littéralement Iaşi-sur-mer! C'était trop bon.

   Le matin, nous nous levions sur la plage, allions lire un peu en regardant les vagues. Puis déjeuner simple dans un petit restau de la plage, farniente sur la plage et c'était re-parti pour la fête.

   Le paradis en Roumanie!

Par Pierre Macé
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Dimanche 10 mai 2009 7 10 /05 /Mai /2009 16:02
  Après avoir découvert la Transylvanie avec ma famille, je voulais leur montrer ma région, la Moldavie. Nous passons donc trois jours en Moldavie, visitons quelques monastères et montagnes environnantes, puis Iaşi. Je sais que ce n'est pas le genre de ville qui impressione au premier abord ou dont on peut avoir le coup de foudre, certains y habitent même pendant longtemps sans jamais s'y attacher. Mais moi, j'ai appris à l'aimer et c'est donc avec fierté que je l'a fait visiter à mes parents, mon frère et ma sœur. Nous faisons le tour de ma belle université, de ma forêt de quartier universitaire, du centre historique (qui possède plus de vestiges de l'époque communiste que des périodes antérieures), du Iulius Mall (le plus grand et impressionnant centre commercial de la ville), du jardin botanique, pour finir par une visite des quartiers d'habitations en blocs qui occupent les trois quarts de la superficie de la ville.
   Très vite, nous revoilà sur la route, en partance pour le sud; le delta du Danube et le littoral de la mer noire nous attendent. En chemin, je découvre que les judeţi (départements) du sud de la Moldavie, réputés pour ne pas détenir la moindre attraction touristique et pour leurs villes hideuses, industrielles et communistes, est en fait une très jolie région, où la campagne est belle, simplement, et apaisante. Ce sont des collines verdoyantes entourant une longue vallée dans laquelle de rares animaux paissent dans les prés. Tout semble abandonné. Les bois sont impénétrables, les champs sont en friche et rien n'y pousse à part de l'herbe folle. On ne croise personne dans les villages mis à part quelques vieux qui tiennent à peine sur leur canne pleine de boue. Pourtant, en regardant de plus près, ou plus attentivement, on aperçoit dans un terrain vague quelques enfants jouant au ballon, au loin, un paysan et son boeuf qui labourent la terre.
   La route, en parfait état, serpente dans la vallée et nous fait découvrir petit à petit la vie discrète et paisible de cette région où il ne vaut peut être pas le coup de s'arrêter visiter mais qui est agréable à traverser.

Un aperçu de l'entrée de ville de Galati

   Puis nous arrivons à Galaţi. Cette ville sur le Danube fait partie des six grandes métropoles de province (avec Iaşi, Cluj Napoca, Timişoara, Constanţa et Craiova) qui comptent entre 300 000 et 330 000 habitants (Iaşi). Pourtant, si on parle très souvent des quatre premières, villes clés de l'histoire et de la vie culturelle du pays, on ne mentionne quasiment jamais Galaţi (ni Craiova) et on sait immédiatement pourquoi dès que l'on approche de la ville. Une bonne dizaine de cheminées « style centrale nucléaire » et des douzaines de hautes cheminées fines nous accueille à l'entrée de l'agglomération, puis quand on arrive dans la ville même, on ne voit rien d'autre que des blocs, des blocs et des blocs. Même lorsqu'on arrive au bord du Danube, on ne voit rien qui soit joli et on n'a certainement pas l'envie de s'arrêter un instant sur les rives du fleuve. Alors on prend le bac; il nous fait traverser le fleuve, sortir de Moldavie et nous emmène dans le judet de Tulcea, dans la région du Dobrougea. C'est le judet (département) où le Danube se jette finalement dans la mer après sa longue course à travers le continent. Nous ne sommes qu'à quelques kilomètres de ce fameux delta, nous nous attendons à une région marécageuse mais surprise, nous sommes en réalité en montagne! Petite montagne soit, mais nous sommes tout de même étonnés.

Une cabane et une tour de ??? au milieu de rien dans le delta.
   Le lendemain, après une nuit à Tulcea, le chef-lieu du judet, nous embarquons sur un petit bateau pour une croisière privée sur le delta. Pendant quatre heures, nous serpentons à travers les multiples bras et canaux du fleuve, nous traversons de grands lacs. Les arbres plongent dans l'eau, les roseaux et les oiseaux font de même, voilà le paysage. Qui, parce qu'il pleut, qu'il vente et qu'il fait froid, nous paraît rapidement monotone. C'est avec soulagement que nous arrivons à Mila 23, un horrible village perdu au milieu du delta. C'est là que nous allons déjeuner, dans une famille de lipovènes, ce qui m'excite terriblement. Les russes-lipovènes, que l'on appelle aussi «vieux croyants » ne sont que quelques milliers dans les pays, presque tous isolés dans des hameaux du delta du Danube. Ce petit peuple vient de Russie. Après une réforme du culte orthodoxe dans le pays, ces hommes et ces femmes restés fidèles aux rites anciens furent persécutés par le pouvoir en place et émigrèrent vers des terres plus paisibles (un peu comme le firent les premiers colons anglais aux Amériques); ils atterirent ici, au milieu de nul part. Ils sont réputés pour n'avoir pas du tout cédé à la modernité et vivre dans les mêmes conditions que leurs ancêtres lorsqu'ils immigrèrent dans le delta (ils sont en quelque sorte les Amish roumains).

    Nous descendons de notre petite embarcation, marchons dix minutes dans le village en faisant très attention de ne pas glisser, le sol est terriblement boueux. Il y a des poules partout, le village est très sale, les gens habillés dans d'horribles combinaisons militaires ou survêtements mauves. Mais quelle déception lorsque nous arrivons dans la maison où nous prendrons le déjeuner, nous sommes accueillis dans une salle à manger moderne, avec des canapés en cuir, la télévision et l'ordinateur relié à internet. Et nos hôtes ne déjeunent même pas avec nous. Moi qui m'attendait à manger une soupe de poisson sortant tout juste de la marmitte autour d'un feu de cheminée, en essayant de parler roumain avec des gens ayant un accent abominable... Nous n'avons droit qu'à la soupe de poisson....
Mais nous revoilà vite parti pour quatre autres heures de bateau, sous le froid, la pluie, le vent, à admirer des paysages un peu monotones. Beaucoup de gens apprécient la visite du delta, en ce qui me concerne, je suis juste tombé malade et me suis un peu ennuyé...
(Photo de gauche: remarquez que les communistes n'ont pas oublié le delta et y sont allé planter des blocs!)
    En revanche, si je m'attendais à être enchanté par le delta (mais je ne le fus pas), je ne m'attendais à rien pour ce qui est du reste de la région du Dobrougea. Or l'intérieur des terres et le littoral offre beaucoup d'agréables surprises et j'ai passé une excellente journée à visiter la région en allant de Tulcea jusqu'à Constanţa, ville principale de la côte roumaine.
Après avoir visité la petite ville de Babadag (ville où se côtoient les communautés rom et musulmane) et sa jolie mosquée, nous prenons la route vers la citadelle d'Enisala au bord du grand lac Razim. Ce n'est pas vraiment une destination touristique courue et la route pour y accéder est difficile à trouver. Grâce à notre guide, nous savons qu'il faut « tourner à droite et prendre un petit chemin de pierres roses ». Nous roulons sur la bonne route, tout d'un coup, un chemin de pierres roses, à droite. On ne voit absolument pas où il mène et il n'y a bien sûr aucune indication. Il a simplement l'air d'accéder à une quelconque ferme. Nous l'empruntons néanmoins et arrivons au pied d'une petite forteresse en ruine située sur une colline.



   Il ne semble y avoir personne. Nous passons entre les ruines, rencontrons un homme bourru qui nous demande 2 lei pour l'entrée (50 centimes d'euro), et nous fait la visite. Après une demi-heure de visite, il sort d'une cabane un énorme panneau explicatif, en anglais et en roumain, sur l'histoire de la citadelle. Il semble y avoir tellement peu de touristes que ce panneau d'information n'est accroché nul part et on le sort au besoin. Dans la citadelle elle-même, il n'y a pas grand chose à voir. Juste quelques pierres, des chiens errants (bien sûr) et le cheval qui traîne la charrette avec laquelle notre guide vient au travail! Mais la colline surplombe toute la région et offre un magnifique point de vue. Notre guide ne doit pas gagner beaucoup, mais il doit avoir des journées incroyablement paisibles et calmes.


    Nous continuons notre chemin sur des routes abominables. Nous n'avançons pas à plus de quinze kilomètres heures sur plus de dix kilomètres et arrivons à Jurilovca, un des rares village lipovène ne se trouvant pas dans le delta. Mais le village a l'air plus isolé qu'un village situé à quatre heures de bateau de la ville la plus proche, les gens sont rustres et en ont tout à fait l'air dès le premier regard. Nous mangeons dans le « restaurant » du village, où les prix sont les plus bas que j'ai trouvé en Roumanie (La bière est à 2 lei! Beaucoup moins cher qu'ailleurs).

    Nous repartons vers le sud et nous arrêtons visiter Hristria, la première ville construite sur le territoire roumain. La cité fut fondée il y a des dizaines de siècles par les grecs puis habitée par les romains. L'endroit est émouvant, c'est un mini-Pompeï, mais les vestiges sont moins impressionnants. Tout de même, cette promenade dans le plus important site archéologique antique du pays est intéressante. Il s'agit d'une ville gréco-romaine, si j'ai le temps, j'irais visiter à l'ouest du pays l'autre grand site antique roumain, la capitale des daces (qui sont aux roumains exactement ce que sont les gaulois aux français).




   Nous arrivons dans la soirée à Constanţa. La ville n'est pas très jolie, et est bien loin de rivaliser avec les grandes métropoles de la côte méditerranéenne. Le centre est quasiment à l'abandon, il n'y a aucune esplanade le long de la côte, mais la ville semble regorger d'endroits où sortir (quand on n'est pas en visite avec ses parents!).
Le lendemain, nous visitons les stations balnéaires de la côte (au sud et au nord de Constanţa), ce sont des villes du même genre que La Baule en France, en plus pauvre. À Mamaia cependant (il s'agit de la plus grande station balnéaire du pays, là où on frime), la route ne borde pas la plage, elle est plus en retrait, les hôtels et les terrasses de leurs restaurants, eux, donnent directement sur la plage.
Il est temps pour ma famille de rentrer en France, après je crois un beau voyage, nous prenons l'autoroute vers Bucureşti, une des deux seules autoroutes du pays, qui n'est pas encore finie. Le paysage est incroyablement plat, vert, monotone; les aires de repos sont toutes absolument identiques, d'immenses parkings, un petit bâtiment de béton, bleu où se trouvent les toilettes. Vingt lampadaires, aucun arbre.
Nous passons une dernière soirée dans la capitale, je leur fais découvrir des quartiers qu'ils n'avaient jamais vu, où se trouvent les bâtiments les plus anciens. Le lendemain, je vais à l'ambassade de France faire ma procuration pour les élections européennes, conduit mes parents à l'aéroport, leur souhaite bon voyage, puis je rentre à Bucureşti, fonce au « Spitalul de urgenţa » de l'hôpital Florească (que je connais déjà pour m'y être fait vacciner contre la rage!). Je suis de plus en plus malade depuis ma visite dans le delta. Le service d'urgences de l'hôpital fait franchement tiers-monde. Le docteur n'est pas sûr du tout de son diagnostic, me file la dose d'antibiotiques et me dit qu'il y a en gros 50% de chances qu'il se soit trompé et que si dans deux-trois jours, je ne vais pas mieux, il faudra que j'aille à l'hôpital à Iaşi, pour me faire opérer.... Petit flip! J'ai un tout petit peu eu envie de retourner à l'aéroport et prendre le prochain avion pour Paris! Mais je suis rentré à Iaşi par le train du soir et bizarrement, les sept heures de trajet ont été beaucoup plus longues que les trente pour aller à Istanbul!
Deux-trois jours plus tard, les antibiotiques avaient fait leur effet... C'est presque bête, j'étais à deux doigts de parfaire mon expérience des hôpitaux roumains!
Par Pierre Macé
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Mardi 5 mai 2009 2 05 /05 /Mai /2009 16:37

   La "jolie Transylvanie" est une grande région; il faut plusieurs jours pour la parcourir. Après avoir visité Sibiu, nous sommes repartis un peu vers le Nord; direction Sighisoara. En route, nous nous arrêtons dans certains jolis petits villages saxons. Leur attraction principale est à chaque fois l'église fortifiée mais le village lui-même, sa vie simple et paisible est comme partout ailleurs dans le pays une attraction en soit. Je suis définitivement fan de la vie rurale en Roumanie (qui donne sa particularité et son âme à la culture roumaine) et j'ai hâte de partir dans le Maramures, la région la plus paysanne du pays, sans doute une des plus préservées de la modernité en Europe; dépaysement garanti.



   Nous sommes ensuite arrivés à Sighisoara, la ville natale de Vlad Tepes, le seigneur transylvain ayant inspiré Dracula (la maison où Tepes est né n'est d'ailleurs pas très impressionante et casse un peu le mythe). Sighisoara est une jolie ville saxonne bâtie au sommet d'une colline. Les bâtiments sont du même style que ceux que l'on pourrait trouver à Sibiu ou Brasov mais la ville est moins impressionante car elle n'a visiblement pas fait l'objet de restaurations comme ces deux consoeurs. La ville conserve l'aspect qu'elle devait avoir il y a 400 ans. Les rues ne sont pas absolument pas pavées, ce ne sont que quelques pierres sur un peu de terre battue. Du coup, la ville a un côté "authentique"; elle a été construite en quelques années et on n'y a pas touché depuis. Elle possède peu de bâtiments remarquables mais des petites ruelles mignonnes et de jolies maisons.

Je sais pas trop pourquoi, mais pour moi, dans mon monde, dans ce qui me sert d'imagination, ça, c'est une maison de magicien, de gentil enchanteur guérisseur, genre la maison de Merlin perdue dans la forêt (en réalité elle est très proche du centre de Sighisoara). Je la trouve jolie dans tous les cas. Tout comme la suivante, où j'imagine trop une vie communautaire un peu hippie avec une grande famille agrandie.

Et enfin, une fresque prise dans une des églises de la ville. La fresque représente Saint-Georges tuant le dragon, une figure religieuse très appréciée ici et qu'on retrouve à peu près partout. (Et je trouve celle-ci assez jolie).

Nous n'avons visité qu'une petite partie de la Transylvanie, il y a tant à voir, mais ma famille et moi nous mirent en route pour la Moldavie où je vis!

Par Pierre Macé
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